Je traînais dans Lille, près du port commercial. Après une journée de boulot sur les docks, j'avais envie d'un ou deux bons verres de raide, histoire de noyer les embruns pétrolifères qui me broyaient les soufflets.
Elle sortait d'un salon de coiffure, tellement nerveuse qu'elle en bousculât la petite mamie sur le trottoir, avec son vieux caddies. Par bon réflexe, j'eus le temps de cueillir la vieille dame avant qu'elle ne fracasse le col du fémur ou la courge sur le rebord du trottoir.
Elle me regarda brièvement, soulagée de n'avoir causer aucun dommage, mais toujours nerveuse. Je devais attendre le soir-même pour comprendre la raison de son trouble. Elle s'éloigna de nous, alors que je remettais énergiquement la mamie sur ses deux pieds, toute chenue et tremblante de son aventure. Elle me remercia dans un souffle à bout avant de reprendre à la fois son caddie et son chemin.
Moi, je continuais le mien, sur les pas de la demoiselle énervée, cherchant ce havre de silence et d'alcool qui m'apaiserait.
En 1947, tous les bars d'avant-guerre n'étaient pas ré-ouverts, je parle bien sur de ceux qui n'étaient pas tombés sous les bombes. Le cinquième fut le bon, et la porte se refermait à peine quand j'y pénétrais, comme une signe, une invitation.
Je regardais l'assistance d'un mouvement circulaire de la tête et choisissais un coin vide, sombre et éloigné pour m'accueillir.
Le barman arriva très vite et je commandais une bouteille de sky de marque, histoire de fêter dignement mon retour sur ma terre.
Le service fut encore plus rapide, et soigné, car des olives, des noix de cajous et quelques rondelles de saucissons aux noix accompagnaient verre et flacon. Le barman me sourit, je lui clignais de l'œil car il m'avais reconnu. 8 ans de plus, mais je n'avais que peu changé...
Quand la porte des toilettes claqua, je vidais mon premier verre.
Elle retournait à sa table, seule, une assiette garnie l'attendant depuis peu, encore fumante : steack, légumes diverses, un verre de rouge et du pain croustillant à l'œil.
Elle me vit en s'asseyant, regarda son assiette, me regarda moi...
Je me servis un second verre, sans plus attacher d'importance à cette personne. Mes fatigues passées me saoulaient plus que le Jack Daniel's.
Les verres passaient comme les minutes.
Une serveuses s'approcha de ma table et je reculais sur mon siège pour la laisser débarrasser la table. Mais en fait, je n'avais rien à débarrasser, et ce n'était pas une serveuse. Elle s'assit sur la chaise face à moi.
Sa main gauche passait et repassait dans ses cheveux, nerveusement.
Je lui demandais, pour entamer une conversation qu'elle avait du mal à aborder, si elle n'était pas satisfaite de sa nouvelle coupe.
Elle entrouvrit un peu les lèvres et encore plus les yeux, surprise et moi, après avoir allumer un clope, lui rappelais que nous nous étions croiser en face du salon de coiffure d'où elle sortait.
C'est alors que j'entendis sa voix, alors qu'elle proférait quelques excuses bafouillées inégalement, me remerciant d'avoir aider la vieille dame et de ne lui avoir pas crier dessus pour sa malveillance.
Je chassais la fumée d'un geste nonchalant pour lui signifier le peu d'importance de la chose. Comme elle ne disait rien mais ne faisait aucun geste pour s'en aller, je réitérais ma question à propos de sa coiffure.
Elle m'expliqua qu'elle n'avait pas l'habitude d'avoir les cheveux coupés si court. Comme je lui faisais remarquer qu'ils lui tombaient sur les épaules et qu'on voyait des femmes avec des coupes très garçonnes, ne descendant pas dans le cou, elle eut un éclairs de surprises sur son visage avant de mettre sa main à sa poche et de sortir un carton qu'elle me tendit.
Je le prenais de deux doigts et avant de le lire, buvais une grande rasade de mon verre. Le carton était à l'entête d'un cirque américain, et énumérait les attractions qu'il proposait. Son doigt arrêta ma lecture sur un nom que je tairais, et cette description intrigante : une fourrure intime persanne d'une blondeur toute slave, spectacle interdit aux mineurs et aux femmes non accompagnées.
Je la regardais, attendant une explication plus que claire car je ne connaissais rien au monde du cirque et du spectacle de tout genre.
Elle toucha encore ses cheveux, et me raconta qu'elle avait vendu sa chevelure pour une belle somme, car elle lui descendait jusqu'aux chevilles et était très fournie. C'était la première fois qu'elle faisait cela, mais son employeur ne les ayant pas encore payés, elle et ses collègues, elle avait trouvé ce moyen pour vivre quelques jours sans trop de soucis. Elle ajouta, dans son débit de parole enfin retrouvé, qu'elle souhaitait savoir si j'accepterai de partager le prix d'une chambre d'hôtel, car elle voulait préserver au plus son pécule gagné au prix de sa chevelure.
Quand elle me montra, dans la chambre que nous avons louée en tant que couple, la petite boîte de métal qu'elle conservait pour son numéro, je ne compris pas immédiatement ce qu'elle contenait. Il y avait dedans une sorte de natte non tressée de cheveux blonds comme les siens, longs d'environ 120 cm, d'après ses dires. Une fois tressés, ceux-ci ne devaient faire que quelques 12-15 centimètres.
Elle m'invita à toucher leur douceur.
Elle m'entraîna aussi à goûter la douceur de ses lèvres.
Elle me combla en me laissant découvrir ses tresses intimes.
Jamais spectacles ne furent aussi doux et surprenant à la fois pour moi.