01 juin 2008

La porte

Le jour où je déménageais dans cet immense immeuble de la rue Georgiù Brawiesco, le concierge m'ordonna de ne pas approcher de la porte du premier palier, prétextant la fragilité d'une ancienne marqueterie ayant une valeur inestimable.
Celle-ci était noire de crasse, et on n'arrivait pas à détailler les différentes surfaces pourtant richement ornées. Les volumes semblaient dessiner des scènes, mais alors que je m'approchais pour essayer de les voir, la main puissante de mon guide m'arrêta.

L'escalier était très large et il fut facile à mes amis venus m'aider de passer loin de la porte. Le concierge nettoyait à fond le couloir opposé, sûrement pour nous surveiller.

Les jours suivants, je pris l'habitude de monter jusqu'à mon étage en tenant de la main droite la rampe, passant toujours au plus loin de la porte. Personne n'habitait là depuis mon arrivée.

Le concierge briquait très souvent l'entrée, et le cinquième jour, je le surpris à balayer les mouches mortes tout au début de l'entrée donnant sur la rue. Je lui demandais s'il lui était facile d'enlever toutes les toiles d'araignées de ces hauts plafonds, et il me répondit, sans rire, que comme les mouches, les araignées ne franchissaient pas le couloir d'entrée plus loin que le premier mètre.



Pour la première fois aussi, depuis que j'habitais là, une lueur passait sous la porte.
Le pied sur la première marche, je ressentis la présence de quelqu'un, et des ombres dansèrent deux-trois pas dans la faible lumière.
Le soleil éclairait plein feu la cage d'escalier, mais de la porte arrivait de la fraîcheur. J'eus la chair de poule. On entendait des petits craquements, tels les cristaux de gel d'un congélateur à peine ouvert. Et le frottement imperceptible de pieds glissant sur le parquet.

Tous les jours suivants, alors que la température extérieure montait, la même fraîcheur plombait le premier palier.
Je croisait quelques voisins ou voisines qui, comme si de rien n'était, évitaient la porte au mieux. Ils évitaient même d'en parler alors que j'évoquais le froid émanant d'elle.

Je pendais la crémaillère quinze jours plus tard. On s'amusa énormément, certains burent plus que de raison, et ce fut la seule conclusion à la mort de l'un de mes invités, dont je tairais le nom, tombé semble-t-il du deuxième étage, alors que je vis au premier.
Il fut retrouvé au bas des marches, colonne vertébrale brisée sur une rampe du premier et crâne éclaté sur la boule droite du rez de chaussée.

Je déménage dans quelques temps, dans un tout nouvel immeuble de la rue des Trois Sourires, mais nul besoin d'aide, je quitte cet endroit sans rien emmener de mes meubles. Juste deux ou trois valises de vêtements et quelques objets personnels.

6 commentaires:

Pixou a dit…

Je crains de ne pas avoir très bien saisi l'entrée en matière de ce charmant texte. Voulais-tu dire que tu déménageais de ton ancien immeuble ou bien que tu emménageait dans un nouvel immeuble.
Oui, je sais, tant de sémantique alors que je suis coutumier de remarques plus légères, voilà qui te semblera bien étrange.
Ouais, bin, attends que l'euro de foot commence et crois-y moi bien que le niveau y va retomber dare dare bien bas, bières et pizzas à l'appui ! Zyva !

Philooo a dit…

Pixou, je préfère qu'on se revoilà après l'euro, si tu veux bien. N'y vois nullement une attaque contre ta gentille personne, disons juste que j'attends ton sevrage ! :o))

Sinon, on est déjà en vacances ? ça sent l'abandon du mois d'août, sur ce blog !!!

Mexico Valdez a dit…

Ca doit étre l'euro.
C'est aussi calme plat* chez les tontons.

*par rapport à d'habitude.

Philooo a dit…

Mexico > je ne pense pas que des sportifs fréquentent un blog aussi intello que celui des tontons...
la vérité est tailleur !

Ysabeau a dit…

Eh, eh, c'était la même adresse que celle du locataire de Topor ?

Philooo a dit…

Ysabeau > on est voisin dans le temps, mais on se croise trop peu